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Ring : le couple en combats

[Rubrique : Culture] | Publié le : 13/01/2014



Sur le ring, deux êtres qui se multiplient à l'infini. L'homme et la femme, leurs rencontres, leurs déboires, leurs accrochages et leurs amours. Ring revient à partir de ses multiples scénettes sur le couple. Ne vous laissez pas avoir par ce bref résumé qui ne promet rien de novateur, car Ring multiplie les états de grâce pour parvenir à une réflexion neuve, passionnée et tourmentée. 


Le couple sous toutes se coutures

Véritable galerie de personnages, les acteurs évoluent au gré des scènes dans une intensité crescendo sans jamais se reposer sur leurs acquis. Chaque épisode est un éclairage sur ce qu'on peut définir comme le couple. C'est une notion si simple qui regroupe tant de disparités, qu'il semble impossible d'y trouver un modèle unique. Même Adam et Eve, couple originel, ne peut incarner le couple dans son exhaustivité.  C'est pourtant sur ce duo là que s'ouvre la pièce. Des Adam et Eve qui se languissent d'être seuls au monde, nous rappelant que le couple ne peut être qu'une entité fermée. C'est là que tout commence. Ring prend son départ du couple sans lendemain, le coup d'un soir, celui qui échoue à celui qui meurtrit. Cette forme là du couple ne semble jamais être une finalité, qu'elle soit une étape pour passer à la vie d'adulte ou le mode de vie d'une femme déçue de l'amour. Du jeune au trentenaire, cette étape là ne connait pas sa fin heureuse, ni même sa fin puisqu'il n'y a vraiment pas d'histoire. 

C'est très vite que la pièce enchaine sur le couple naissant, les épreuves et les bonheurs du départ dans une relation. L'aveu d'un amour secret si difficile à cacher et qui semble si honteux à avouer dans une société où l'amour ressemblerait presque à un pêché, une chose à fuir et où la relation n'est qu'un produit de consommation. La naissance laisse place au couple installé, qui continue de surmonter ses épreuves (l'enfant par exemple). La scène la plus intéressante de la pièce est sans aucun doute celle de la Desperate Housewife, coincée dans sa routine, qui rêve de l'évasion qu'elle ne connait que de ses livres. Difficile alors de juger si elle a tort ou raison de vouloir s'échapper de sa vie installée qui pourrait la rendre heureuse, pour en reconstruire une, plus bancale mais plus libre. Son délire toutefois, prend des proportions qui doivent nous inciter à ne jamais en arriver là. 

Du couple installé revient le couple à venir, signe d'une constante instabilité qui rend le futur impossible à prévoir. De toutes les scènes, on ne connait vraiment ni le début, ni la fin de l'histoire de tous ces êtres. On ne fait qu'assister à des passages de vie, ceux qui marquent en étant le retournement d'une situation ou seulement le symbole d'un couple qui a failli. Routine, tromperie etc. tous ces aspects rythment l'existence de deux êtres ensemble pour une nuit ou pour une vie, jusqu'à ce qu'une projection vers l'avenir devienne un regret du passé. C'est sur ce final, émouvant et non pas moralisateur, que conclut l'actrice seule en scène. Au délà du couple, la vie doit se vivre en se débarrassant de l'illusion d'un futur à prévenir pour profiter de la réalité présente.  


Une pièce poignante

Tous les éléments sont réunis pour faire de Ring une immense réussite, sous tous ses aspects. La présentation du couple, plutôt juste qu'exhaustive, s'éveille par une écriture fine, efficace, teintée d'humour et de mélancolie. Parmi les thèmes abordés, le sexe est certainement le plus récurrent, non seulement signifié dans les mots et les obsessions des protagonistes, mais aussi dans leur jeu de corps. Ring est un véritable ballet, où les acteur dansent, se poursuivent et se fuient, se touchent, s'aiment et se rejettent dans un visuel qui peut passer de la poésie à la violence en un geste. Au corps à corps ou dans des courses amusées, le mouvement tient toute sa place, avec une précision magistrale, doublée des jeux de lumière et d'images qui recouvrent le décor blanc et épuré, comme de nouvelles pages à sans cesse réécrire. 

Mais la pièce doit surtout à ses acteurs surchargés d'énergie et de passion. En véritables caméléon, ils passent d'une scène et d'un personnage à l'autre avec une aisance remarquable. Ils peuvent tout jouer, jusqu'à s'amuser de la confusion des genres et les préjugés qui leur incombent. Sami Bouajila incarne aussi bien le mari angoissé que l'italien décomplexé. Quant à Audrey Dana, celle qu'on a pu voir plusieurs fois au cinéma, prouve qu'elle est bien plus à l'aise sur scène qu'enfermée derrière un écran, où son jeu et sa personnalité volcanique font frémir la salle et l'assistance. Deux jeux qui viennent du plus profond de leurs entrailles tant leur passion est contagieuse, à l'image de la pièce : puissante, troublante et impétueuse. 



Ring, de Léonore Confino, mise en scène par Catherine Schaub, avec Audrey Dana et Sami Bouajila, au Théâtre du Petit Saint-Martin, jusqu'au 1er février 2014.

Albin Duvert



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